ITINERAIRE perso CLAUDE BABARIT
A la Flocellière : famille paysanne, parents et grands-parents, petits propriétaires terriens et exploitants agricoles. Beaucoup de fierté et d’esprit d’entreprise du côté des Boudeaud-Puaud, la famille de ma mère, Plus de modestie et de souci de ne pas se distinguer, chez les Babarit-Babarit, famille de mon père. Naissance au hameau de la Turpinière, le dimanche 5 mai 1935, entre la messe de 9 h. et celle de 11 h. Sur le chemin de l’école, chaque jour 4 kms à pied et 4 kms retour et quelquefois aussi le dimanche,quand la voiture à cheval n’était pas disponible. A l’initiative de ma mère, encouragée par ses propres parents, on m’oriente, bien avant la fin du primaire. vers des études . Mr le Curé Soulard m’inscrit au collège St Gabriel à St Laurent s Sèvre, un an avant la rentrée en 6°, sans que je me projette dans l’avenir. 1945. Mon père rentre de 6 ans de guerre et captivité en Allemagne. Je n’avais d’autre image de lui que les photos-souvenirs. Aussi je fus très impressionné quand il fit son entrée dans la cour, seul et silencieux. Il me parut très grand.
Entrée au petit séminaire en septembre 1947, suite au passage dans l’école primaire d'un prêtre chargé du recrutement, le Père Eugène Arnaud.
De concert avec le curé et l’instituteur il prenait à part 4 ou 5 des élèves susceptibles selon eux d’avoir la vocation. Il nous remettait un dépliant en couleur, ce qui était rare pour l’époque : « Pourquoi ne serais-tu pas prêtre ? » Un recruteur des Frères de St Gabriel venait aussi parfois dans cette école, mais je ne me voyais pas « religieux frère. »
Devenir prêtre ? Pourquoi pas, mais je n’avais jamais été enfant de chœur, ni « joué à dire la messe » comme d’autres.
Dans ma famille on ne m’en avait jamais. Par contre prudemment on m’avait inscrit un an à l’avance en collège de St Gabriel, avec l’appui du curé Célestin Soulard. Collège ou séminaire ? La décision est prise après une retraite fermée sur trois jours. On nous avait montré le film « La Relève » dans lequel un jeune garçon vient remplacer son vieux curé défaillant. L’image de mon vieux curé de la Flocellière, l’abbé Soulard dans son presbytère avec sa vieille sœur comme gouvernante continuait d’habiter mon imaginaire. Mon père, envoyé par ma mère alors que je me trouve à jouer au fond du jardin me pose la question « Veux-tu entrer au séminaire ? ». Et il faut répondre quasiment out de suite. J’ai le sentiment que mon oui m’engage profondément, même si je sais que je peux toujour quitter. Ce sera bien St Laurent et au petit séminaire St Michel plutôt qu’au collège St Gabriel. A cette époque, il était bien entendu que si l’on entrait au petit séminaire c’était parce que l’on était ouvert à l’idée de devenir prêtre Les 20 kilomètres sont parcourus dans la benne du GMC américain des carrières Sicot ; L’essence, rationnée, était encore délivrée avec des bons spéciaux. Un jerrican venait de la Turpinière sur des bons attribués pour un moteur agricole. Dans les allées de St Michel, l’une des premières 4 chevaux Renault, neuve et rutilante.
Installation des nouveaux à la salle d’études, tiroir du réfectoire avec son nom et place au dortoir. Je suis contre la cloison. Voisin immédiat Claude Bernard, qui deviendra le parolier de nombreux chants liturgiques en français. Tout en rangeant le linge du trousseau nos mères font connaissance. Il faut s’habituer à la vie d’internat. Nous sommes environ 90 en sixième répartis en trois sections.
Il y a des pleurs sous les draps les premiers soirs au dortoir. Le père Cornuau, surveillant, passe réconforter les plus cafardeux. Au petit matin la journée commence par la prière, suivie de la méditation de quelques minutes dirigée par un prêtre professeur, puis c’est la messe. On passe une demi-heure à la salle d’études pour les leçons et enfin le petit déjeuner au réfectoire, en silence naturellement. Nous n’aurons pas parlé depuis la veille au soir 17 heures jusqu’au lendemain après le petit déjeuner.
Du haut de mes 12 ans et pour 14 années j’entre dans une vie qui sera réglée au quart de tour, hors temps de vacances scolaires. En grand silence du soir à 17 heures (sauf l’été oû il y a une récréation après dîner) jusqu’au matin 8 h 30 après le petit déjeuner.
Saut du lit au son de la cloche. Le surveillant annonce : « Bnedicamus Dominum » - Les 50 dormeurs répondent : « Deo gratias, » La moitié d’entre eux, les plus rapides courent aux lavabos tandis les autres commencent par faire leur lit. Toujours en silence descente à la salle d’étude. Prière du matin présidée par le surveillant, puis apprentissage des leçons. Ensuite tous à la chapelle, courte méditation animée par le Chanoine Duret, supérieur ou le Père Buchou directeur.
Pendant que le supérieur célèbre une messe basse, un professeur fait des commentaires et propose des chants.
Nous communions quasiment tous les jours avec l’invitation à s’abstenir une fois par semaine pour éviter la routine.
Dans son casier à la chapelle chacun a le gros missel noté avec les chants grégoriens qui le suivra jusqu’à la prétrise s’il arrive jusque-là, mais aussi le petit livre de « l’Imitation de Jésus-Christ », à lire un peu ch aque jour et parfois quelque autre livre pieux. Le luxe est de disposer d’un missel français-latin du modèle « Feder ».
La messe est suivie de quelques minutes d’action de grâces dirigées par le professeur d’animation, puis en silence et en rang sur deux files tous se rendent au réfectoire pour le petit déjeuner.
Tous les repas sont pris en silence, sauf les dimanches midi et jeudi midi, ou quand un curé est de passage à la table des professeurs.
On y entend la lecture des interminables « Mémoires du Général Marbot » sur les campagnes napoléonniennes ou la vie du Père de Montfort, avec de terminer chaque soir par quelques lignes sur la vie du saint du lendemain.
La lecture, «recto tono » est faite depuis une grande chaire en boi,s placée au centre de ce réfectoire où nous sommes près de deux cent élèves. A chaque bout de table des professeurs pour les repas du midi et du soir.
Après le petit déjeuner récréation de 20 minutes dans l’agréable petit bois de St Michel à Saint L aurent. Au coup de sifflet rassemblement sur deux files et en silence avec le célèbre : « je ne veux voir qu’une tête ».de
La discipline est stricte. Les punitions ne manquent pas. On attrape facilement un quart d’heure d’arrêt, quelquefois jusqu’à deux heures de mise au piquet pendant la récréation. Dès les premiers jours il faut apprendre à dire « vous au voisin » même en jouant au ballon ou au sorcier. Une dispense de vouvoiement est accordé pour ceux qui sont cousins ou compatriotes de la même paroisse. Pourtant dans le petit bois de St Michel à St Laurent les jeux vont bon train. Sixièmes et cinquièmes qui ne se mélangent pas jouent à la balle au chasseur tout le premier trimestre, puis au « drapeau double » ou au « sorcier ».
La prière du chapelet est quotidienne. Elle est aussi conseillée sur les rangs quand on se déplace en silence entre les salles d’études, chapelle et réfectoire.
Cette prière était traditionnelle dans les familles. A la maison, on la récitait chaque jour, le soir après dîner dans les soirées d’hiver tout en travaillant, les hommes faisant des paniers en osier et les femmes du tricot.. En été la récitation du rosaire se faisait le plus souvent en fin d’après-midi et quelquefois c’était tout le rosaire soit 3 chapelets. Quand on rentrait en voiture à cheval, après des visites à la famille, cette prière se déroulement au rythme de la route. Pour rentrer des Herbiers (17 kms) ou du Boupère (la Davière) il fallait jusqu’à 2 heures de route, car la jument marchait le plus souvent au pas, quelquefois au trot quand la côte n’était trop forte dans la montée comme dans la descente. On avait le temps de dire toutes les prières, y compris, les actes, les litanies de la Vierge et la prière pour la bonne mort.
Au petit séminaire de St Laurent, l’abbé Pierre Bossard encourage à réussir, au moins une fois, la journée des mille ave, c'est-à-dire, si on fait le compte, 20 chapelets, (20 x 50 Ave). Une performance à réussir pendant les vacances et que certains ont tenu.
Un autre professeur, adepte de la pénitence, soutient l’idée qu’il convient de sortir de table en ayant encore faim, notamment au moment du carême.
Plusieurs n’y tiennent plus. Ainsi un matin d’hiver, grand émoi dans la maison. A la prière du matin dans la salle d’études une place est vide, celle de Robert Lampérière. On le cherche partout dans le bois, sur la route. Le Père Bossard enfourche sa moto pour éventuellement le rattraper. Inutilement. Robert arrive chez lui à Vendrennes pour déjeuner. Comment s’est-il répéré ? Il ne saura le dire.
Au réfectoire on mange en silence, sauf le dimanche midi et le jeudi midi, sauf encore quand un prêtre de passage est reçu à la table des professeurs. Pendant les repas, un lecteur déclame, depuis la chaire centrale, et « recto tono » les mémoires du Général Marbot ou la vie du Père de Montfort et du curé d’Ars. Il n’y a pas encore de micro et il faut se faire entendre par-dessus le bruit de 200 cuillères, fourchettes ou couteaux.
Mais il y a aussi de bons moments. La fête patronale de l’Immaculée Conception, le 8 décembre ou la venue de l’évêque, Mgr Cazaux qui gratifie chaque fois l’établissement d’un ou deux jours supplémentaires de vacances.
Il y a aussi la joie d’apprendre le latin, les auteurs français avec des professeurs qui sont d’excellents pédagogues, tels le P. Gabriel Cornau, qui sait faire aimer ce qu’il enseigne aux petits sixièmes que nous sommes.
Les jeudis et dimanches sont l’occasion de magnifiques parties de foot sur le terrain du collège Saint-Gabriel,
L’été au bord de la Sèvre à Plassard ou sous le pont de Barbin les plus mordus s’adonnent à la pêche au gardon.
D’autres explorent la rivière, mais il est interdit de se baigner.
Il y a la fête du supérieur célébrée avec toute la maison, c'est-à-dire la vingtaine de septièmes, les 90 sixièmes et les 80 cinquièmes. Dans chaque année il y a les professeurs titulaires de classe qui enseigne français, latin, grec (à partir de la 5) soit un pour la septième, le P. Brocheteau, trois pour la sixième les abbés Rapin, Cornuau et un stagiaire Gigi Burneleau, avant son départ annoncé pour le séminaire de la Mission de France.
Trois également pour les 3 sections de cinquième. Il faut y ajouter les professeurs de math, d’histoire-géo, d’anglais et d’allemand, de sciences ainsi que les surveillants.
Pour la fête de chaque professeur ou surveillant, quelques élèves sont sollicités pour écrire à plusieurs et en grand secret « le compliment qui sera lu ce jour-là. Le surveillant d’études avait dû remarquer que j’avais quelquefois une certaine facilité d’écriture. Aussi cela me fut-il demandé, en même temps qu’à Claude Bernard, futur parolier de chants liturgiques en français.
Chaque classe doit donner un spectacle pour la fête de fin d’année. En sixième nous sommes 3 classes d’environ 30 élèves chacune. Je suis en sixième 2. Le P.Cornuau se décharge de cette fonction sur le P. Max Verdeau, professeur d’allemand. Celui-ci m’avait donné le rôle éphémère d’un journaliste, plus ou moins prisonnier et qui se dégage de ses gardes pour prendre une photo du roi avec ces mots:
« Que sa majesté me pardonne une telle dérogation à l’étiquette. Mais vous comprenez, je suis journaliste. Mr Feuilliste, grand reporter du quotidien « Pourri-soir », envoyé spécial au pays d’Escarmador, ce pays que l’on dit de cocagne. Que sa majesté ou l’un de ses ministres veuille bien m’accorder quelques minutes. »
L’année de 5° est une année paisible. Le travail sur la voix réalisé en 6° fait que je suis intégré à la chorale en début d’année. Il fallait durant le temps de l’Avent un soliste différent chaque soir pour le chant du « Roraté »depuis la tribune. Un moment pressenti, je ne fus pas retenu. Au 8 décembre pour la fête de l’Immaculée nous interprétons une cantate, longuement préparée : « Gais amis, gais amis, chantons cette fête. Et quittons les cahiers, demain les leçons… »
Pourtant la discipline est toujours aussi stricte. Aucun livre ne doit rentrer dans la maison sans avoir la signature d’un professeur ou du supérieur. Ma grand-mère m’ayant acheté un « Petit Larousse Illustré » à la librairie Biton » Je l’ai présenté à l’abbé Bossard qui a griffonné au crayon à bille les images où quelque athlète antique apparaissait quelque peu dévêtu.. Pour d’autres camarades, il lui est arrivé les planches en noir et blanc qui ne correspondaient pas à son idée de la pudeur. Un demi-siècle après ce dictionnaire est toujours dans ma bibliothèque.
Lors de certaines récréations, on nous convoquait tous devant nos pupitres, pour une fouille généralisée au motif qu’en rentrant de vacances ou lors de la sortie mensuelle d’après-midi, une revue ou un livre non autorisé aurait pu être dissimulé. Quelquefois cette fouille était opéré dans les petits meubles personnels du dortoir.
Mais ce fut surtout une année équilibrée avant l’adolescence. Il y avait du bonheur à se plonger dans la découverte du grec avec son écriture si étrange au premier abord, à commencer de traduire dans cette deuxième année de latin, les classiques déjà, tel Cicéron. « Le nœud gordien ».
Octobre 1949
Rentrée à Chavagnes en classe de 4°. Les professeurs nous font un accueil chaleureux, mais l’enfermement est encore davantage ressenti du fait des grands murs qui enserrent l’établissement. Le dimanche n’est pas un jour de promenade. De plus chaque premier dimanche du mois doit être, selon le professeur de classe Mr Brebion, le dimanche de préparation à la mort. Pas très gai pour des adolescents de 14 ans. Les sorties en promenade d’après-midi sont le mercredi et quelquefois aussi le vendredi au jugement du supérieur.
Nous rêvons du tout nouveau séminaire des Herbiers où nous serons l’an prochain dans un espace sans clôture.
Aidés du dictionnaire Bailly et de la grammaire Ragon, nous traduisons l’Anabase de Xénophon, avec ses onagres et autres animaux qui courent aussi dans nos têtes. Nous cédons pourtant au rituel institué par les aînés et qui consiste à enterrer solennellement une grammaire grecque, lors de la fête de fin d’année dans le parc du château de la Rabatelière. Ce sera une vieille édition.
Car cette grammaire il faudra la ressortir l’an prochain, le diocèse de Luçon ayant décidé que sauf exception motivée, tous les séminaristes devraient désormais être présentés au baccalauréat en classe de première.
Une autre tendance sera la restauration de l’uniforme. En fin d’année scolaire le supérieur, Mr le chanoine Vrignon explique qu’à la rentrée d’octobre, tous les élèves devraient se présenter avec costume, noir de préférence et cravate. La consigne fut-elle entendue ? Toujours est-il qu’après les vacances, dans la classe de 4° 2 un seul élève se présenta comme souhaité, ce fut ce cher André Douillard de l’Herbergement.
ETE 1950
A l’Entenduaire aux Herbiers, le séminaire avait trouvé sa silhouette définitive, mais les travaux étaient loin d’être achevés. Il avait été convenu que chaque élève de Chavagnes, de la Terminale à la quatrième devait donner 15 jours de ses vacances pour aider notamment à l’empierrement des cours de récréation. Il s’agissait de récupérer les pierres de l’ancienne voie du petit train reliant les Herbiers à la Roche, le long de la route nationale, de les charger sur un camion. Les enfants que nous étions encore, trouvaient assez durs le maniement de la pelle ou de la pioche, mais nous nous amusions follement à lancer les wagonnets sur leurs rails et qui se tamponnaient violemment au bout de la descente.
L’ambiance était détendue : à la différence de l’année scolaire, on pouvait jouer aux cartes et nous avions le droit de parler au dortoir.
Inauguration du nouveau séminaire en présence du Cardinal Roncalli, futur Jean XXIII . En juillet je crois. Notre chorale de Chavagnes s’y était préparée à 4 voix mixtes. Je me trouvais parmi les sopranes et nous chantions. « La Vendée entière voit ses fils accourir vers les grands murs de ce beau séminaire… ».
Les travaux ont pris du retard. La rentrée ne se fera que le 18 octobre.
Belle occasion pour aller à Lourdes au pèlerinage du Rosaire en famille.
On part en auto : une Celtaquatre Renault d’avant-guerre, avec les grands’parents et l’oncle Maurice. Grosse panne au bout de 150 kms environ, à la Rochefort : une bielle coulée. Un garagiste passe la journée à réparer. Comme la journée est compromise on fait quelques kilomètres et on s’arrête pour la nuit au bord de la route et l’on dort dans la voiture. Le lendemain pause chez des cousins à Chalais en Charente. Ils n’avaient pas été prévenus et il n’y avait pas de téléphone. Nuit chez eux avec couchage improvisé. La journée suivante nous permet d’arriver à Lourdes. Difficile de trouver de la place. Mr le Curé de la Flocellière nous avait recommandé l’hôtel « Cardinal ». Nous y sommes quand même logés, à cinq dans la même chambre. Et somme toute, ce fut un merveilleux pèlerinage.
1951
La loi autorise désormais les élèves du privé à recevoir des bourses d’études. Après concours je suis admis à en bénéficier, au moins partiellement, au prorata des ressources familiales, pour cette année de seconde aux Herbiers. Cela allège la part des parents qui mettaient leur honneur à payer la pension complète. Bonne réussite scolaire en français,latin et grec, beaucoup moins en math et physique.
1952
Chaque année l’Université Catholique d’Angers lance un cours de version latine pour des élèves motivés. Je suis l’un des deux qui est choisi mais le résultat n’est pas à la hauteur des espoirs. Nous préparons tous la première partie du bac, pour la fin de la classe de première. Que s’est-il passé ? : échec en juillet. Je reviens en septembre et là je suis reçu avec mention.
1954 L’année d’une grande décision, celle qui conduira au grand séminaire. Nous faisions bloc dans un cours et chaque départ de l’un ou l’autre d’entre nous, en cours d’année ou durant les vacances était vécu comme un arrachement pour lui souvent, mais aussi pour le reste de la classe.
En classe de terminale, appelée alors classe de Philosophie nous étions 48, comme en témoigne l’image-souvenir éditée en fin d’année. L’enclenchement pour le grand séminaire pouvait se faire quasi automatiquement. Dès le mois de décembre, la maison Blanvillain d’Angers et en janvier la maison Meslier de Luçon nous envoient leurs représentants pour prendre les mensurations, et choisir nos soutanes en vue de la rentrée d’octobre à Luçon.
Nous étions convoqués, et parfois surpris, d’être mis si vite devant ce choix très concret. L’effet de groupe est important. On se concerte sur le meilleur choix pour une soutane en laine, coton ou tergal, un surplis en nylon ou en fil, sur l’achat obligatoire de ce bonnet carré qu’est la barrette, à tenir par le petit doigt lors des liturgie. Il était difficile de laisser voir à ses camarades qu’on n’était pas forcément prêt, dès décembre ou janvier, à une telle décision dont les effets seront effectifs 6 ou 8 mois après.
Suivant la filière, plusieurs d’entre nous se retrouveront prêtres, sans peut-être avoir complètement mûri ce choix. Même au service militaire, le statut de séminariste protégeait énormément des risques ou chances de s’affronter au monde, à la féminité, à la vie hors d’une institution fermée. « Pas de blague je suis séminariste » avait clamé un jeune clerc invité à danser lors d’un mariage dans sa famille.
En septembre 1954, quelques jours avant la rentrée, nous prenons la soutane à la chapelle de Lorette, comme il est d’usage à la Flocellière , Gabriel Préau et moi. Jusqu’au service militaire, désormais nous ne la quitterons guère, sauf pour quelque colonie de vacances.
Dans ce cours tous n’entrent pas au grand séminaire de Luçon. Certains se dirigent vers des congrégations religieuses ou quittent la filière. mais nous sommes nombreux. Le grand séminaire est plein comme un œuf. En première année nous sommes logés à deux par chambre dans l’attente que nos aînés partent au service militaire
Cérémonie de la première tonsure au bout d’un an, à 19 ans ce qui fait de nous des clercs inaugurant – mais comment le savoir ? - le décompte des 37 ans et demi pour le passage au statut de retraité.
L’évêque nous coupe quelques mêches qu’il faudra laisser repousser assez vite pour retrouver le costume civil, en stage de moniteur pour colonie de vacances dès juillet. Plus de tonsure non plus, un an après au printemps 1956 pour 28 mois sous l’uniforme militaire.
Mai 1956
Affecté au 6° Génie d’Angers, je prends le train pour la première fois. C’est à Cholet. Autrefois le train c’était celui qui emmenait mon père à la guerre depuis la gare de St Mesmin où nous le laissions en larmes.
C’est en soutane que j’arrive à Angers. A la gare on saute dans le GMC qui nous déverse à la caserne Desjardins.
Avec l’opération militaire en cours du côté de Suez, l’intendance militaire est débordée. Nous restons pour la plupart en civil, c'est-à-dire en soutane pour les séminaristes, mais cela ne fait pas problème, pour les corvées ou même quand le jeune séminariste se met à genoux au pied de son lit pour la prière du soir. La plupart sont des métallos de St Nazaire. Une chambrée de 40 « pieux » ou « paddoks » A certains week-ends nous sommes consignés et pratiquement tous au lit pour les fameuses piqûres TABDT. C’est alors que s’inaugurent les bagarres de polochons …jusqu’à ce que le sous-officier de service vienne remettre de l’ordre.
La formation commence : maniement des armes, construction de ponts métalliques qui se montent comme des mécanos en plus grand, maniement des explosifs et des « pains » de TNT, tir à la mitrailleuse lourde, au bazooka : il faut bien se préparer à l’Algérie.…
Après le passage des permis de conduire Poids lourds et Véhicules Légers on me destine à la gestion par la préparation d’un diplôme comptable. De sapeur, mineur pontonnier je deviens au bout de quelque mois gérant du Foyer à l’ EAG. Un espace d’accueil pour les élèves Officiers en dehors des heures de service. Je partage mes repas avec les deux barmans. J’assure les commandes et le réapprovisionnement. Je vais en vélo à la grande poste déposer la recette du jour. On me donne quelquefois un camion pour aller chercher du vin dans le Saumurois.
Lors d’une permission un samedi en stop le jeune homme qui m’avait pris dans sa 4 chevaux Renault dérape dans un virage du Mont des Alouettes aux Herbiers. La voiture saute le talus. Par chance elle retombe sur ses roues en contrebas et je me retrouve en dehors de la voiture, à côté de la roue arrière-gauche, assis dans un champ de blé. Pas une égratignure. J’avais été éjecté par le toit ouvrant. Le conducteur n’a rien non plus mais sa passagère souffre d’une fracture du crâne.
Au bout de 14 mois, tout soldat sans handicap sérieux doit partir en Algérie. L’officier qui voudrait me garder au service du « Foyer de l’Ecole » me demande si je n’ai pas de l’albumine ou quelque autre allergie aux vaccins. Ce n’est pas le cas.
Juillet 1956. Débarquant à Alger, on saute dans les camions. On nous met entre les mains une arme que nous ne connaissions pas, la carabine US et les chargeurs adéquats, au cas nous tomberions en embuscade. Traversée des gorges de la Chiffa où les Fellagahs dressaient des embuscades depuis le sommet des falaises. Rien ne se passe mais l’insécurité sera permanente dès que l’on sort du petit bourg de Ben-Chicao. Dès les premières semaines, par escouade nous prenons la garde de nuit dans les fermes isolées, à 4 ou 5 kms de l’agglomération. Un camion nous y dépose le soir. Nous y prenons le repas avec les rations de guerre, sans doute emballées depuis des années et dans lesquelles outre le pâté en boite et des biscuits desséchés, il y a toujours une petite bouteille d’alcool fort, individuel. Pour la nuit, ous nous enfermons derrière les portes blindées. Au loin le va et bien de petites lumières dans la forêt du Fernen en direction de Berraghouia. Beaucoup de bruits de toutes sortes dans la cour autour de la ferme. Nous n’avons jamais été attaqués, mais peu s’en est fallu, dans les premiers temps, que je lâche de la fenêtre où j’étais posté dans le noir, une rafale de pistolet-mitrailleur, tellement l’agitation me paraissait suspecte.
L’hiver la neige était épaisse et les colons avaient déserté la montagne, pour la ville à Blida ou Alger. Un jour où nous étions de garde, on nous envoie pour une alerte jusqu’à la ferme Lasserre à 5 kms seulement, mais devant nos camions il a fallu un buldozer pour dégager la neige. A la vitesse de 2 ou 3 kms/h. dans le froid et le silence de la montagne. A ce jour je n’avais jamais vu autant de neige qu’en Algérie.
En été par contre, la chaleur était accablante. Dans les déplacements nos camions étaient souvent précédés d’une half-track, ces engins blindés avec des roues à pneumatique à l’avant et des chenillettes à l’arrière, le tout surmonté d’une tourelle avec mitrailleuse. Ces engins franchissaient facilement les oueds. Quand aucun danger ne paraissait menacer, le convoi s’arrêtait près d’une rivière. Les supplétifs, des Algériens engagés par l’armée française, lançaient quelques grenades dans le cours d’eau. Ce qui était une autre manière d’attraper du poisson pour leurs familles.
Deux fois par semaine nous étions de garde au poste. 4 soldats prenaient chacun un poste pour deux heures, deux fois dans la nuit. Entre temps on pouvait dormir sur une paillasse mais tout habillé et chaussures au pied.
Le cri des chacals se mêlait au hululement des chouettes. Une nuit alors que j’étaiS chef de poste, la sentinelle de garde en haut d’un mirador, au sommet d’un arbre, n’entend pas l’adjudant qui lui fait des sommations. Le lendemain l’adjudant me dit « Punissez cette sentinelle, sinon ce sera vous. » Je n’intime pas de blâme, plaidant les circonstances atténuantes, et du coup j’écope de trois semaines de prison. Mais bien sûr, je ne les ferai pas, puisqu’en mon absence il n’y aurait personne pour faire le travail du bureau. Cette mention ne sera inscrite sur mon livret puisque cette mise à jour me revenaît.
Nöel dans le djebel. Il n’y a pas de messe de minuit mais un repas de fête. En cours de repas bien arrosé, alerte. Il faut « glcler » vers les camions. Une ferme a été attaquée.Chacun saisit son arme individuelle, pistolet mitrailleur, carabine U.S. selon les attributions. La mitrailleuse 12, 7 est sur la tourelle du Half-Track. L’air frais dégrise les plus émêchés. Arrivés à la ferme, c’est le grand silence. Pas un bruit, pas âme qui vive. Heureusement, l’état d’excitation des « trouffions » était tel qu’on pouvait craindre le pire en cas d’affrontement.
Tous les soirs par contre j’avais la charge d’envoyer au P.C. Damiette le B.R.Q. faisant état de la situation militaire de ce 72°bataillon du Génie, chargé du « maintien de l’ordre » dans ce secteur.
Les accidents de véhicule étaient fréquents, car les convois qui circulaient sur la route nationale n°1 d’Alger vers le plein sud, ne ralentissaient guère dans les tournants du col de Ben Chcao. Un jour un chauffeur, fortement choqué après que son camion eut versé dans la descente du col, errait dans les rues de la garnison. J’ai tenté de l’apaiser, mais il a sorti son couteau à cran d’arrêt et je n’ai du mon salut qu’à la fuite.
Nous descendions souvent en convoi à Alger. Un soldat dont nous ne savions pas à quelle unité il appartenait avait été tué. Nous étions déjà montés dans le GMC bâché et assis sur les banquettes en vis-à-vis. On nous a chargé le cadavre encore en treillis militaire et enveloppé dans une couverture, entre nos jambes et pendant plusieurs heures il était balloté entre nous jusqu’à la morgue d’Alger.
Une autre fois deux camions se sont arrêtés au centre du bourg. Ils transportaient en deux lessiveuses les restes de soldats calcinés, après que leur hélicoptère eut « cramé » du côté de Nelsonbourg. Il n’y avait pas d’autre route pour les ramener à Alger.
Résidant jour et nuit au bureau de la compagnie je dors avec la mitrailleuse 12. 7 sous mon lit, prêt à « gicler », car nous sommes d’alerte une nuit sur deux et je suis adjoint au chef de patrouille.
.Lors d’une patrouille à pied dans les gorges du Fernen, le lieutenant me demande de faire mettre en batterie le fusil mitrailleur et d’ordonner le tir sur un type en djellabah qui courait de l’autre côté de la vallée. La silhouette s’effondre et dévale la pente. Je n’oublierai jamais.
Devant les tortures perpétrées dans les sous-sols de la mairie à Ben-Chicao, dire sa réprobation est sans effet Heureusement il y avait l’accueil du P. François de l’Espinay à la Bouzaréah, dans les hauteurs d’Alger. La place manquait parfois. Tout aumônier général qu’il était, François exigeait que je prenne sa chambre et lui dormait sur un lit de camp dans le couloir.
Pour circuler seul en ville il était plus sûr mais dans le porte-document, la Bible de poche côtoie le révolver 9 mm. En 1958 il y avait des attentats quasi-quotidiens, dans la ville d’Alger. Pour nous y rendre nous ne pouvions circuler qu’en convoi et armés.
En France, de Gaulle revient au pouvoir. La guerre se poursuit et nous sommes maintenus sous les drapeaux, de mois en mois, sans avoir aucune permission pour revoir le pays, car à chaque saison notre libération est annoncée comme prochaine. Maigre consolation, la solde d’un caporal-chef équivalait à celle d’un sous-officier de carrière.
Au retour d’Algérie, 3 ans de théologie à Luçon. Les anciens soldats se sentent très solidaires. Retrouver le règlement très strict de la maison est une éprouvant. Ne pas pouvoir sortir du 88 rue de Gaulle sans permission du supérieur, ne pas fumer, ne pas pouvoir entrer dans la chambre d’un confrère sous peine d’exclusion, tout cela est difficile à vivre pour beaucoup d’entre nous. Il faut évacuer peu à peu des souvenirs douloureux. L’amitié entre nous nous y contribue très fort.
Retour à la soutane, au silence dans les couloirs et à l’exercice qui consiste à entendre les essais d’homélie de 80 confrères au cours des repas du midi et du soir où le chauffage n’existe ni dans les chambres, ni au réfectoire. Dur réapprentissage. Le chanoine P. Douillard, économe de la maison assure chaque matin la messe des 10 ou 15 Religieuses au service de la maison. J’étais son servant de messe en « soutane et surplis » avant l’armée.. Il me reprend à mon retour et chaque matin, je suis à genoux,, devant la communauté des Sœurs de Mormaison, en leur chapelle privée.
Une innovation : le baccalauréat en théologie décerné par l’Institut Catholique d’Angers. En fin de deuxième année après l’armée, c’est le sous-diaconat où il est demandé un engagement par écrit au célibat. Un document personnalisé dont j’ai gardé le double. Tous les mots étaient pesés.
Prêtre en 1961 26 ans en même temps que Gabriel Préau, de la Flocellière et la plupart de ce cours de plus d’une vingtaine de nouveaux prêtres Nous sommes tellement nombreux, avec les sous-diacres et diacres, que les ordinations se font sur deux jours, les 28 et 29 juin.
Première grand’messe à la Flocellière suivi d’un repas à la Turpinière avec de nombreux invités, famille et amis et des cadeaux selon l’usage.
Vacances en famille. Travaux des champs, moissonneuse-lieuse pour le blé, mise en « chintias » des gerbes dans les champs », charroi et grands tas en vue des battages et tous les matins la moto pour aller célébrer la messe à la chapelle de Lorette. Jacques, le petit frère qui n’a que 11 ans vient me « servir la messe ».
Une feuille de nomination m’est remise par Mr le Curé. Je suis nommé au petit séminaire de Chavagnes, tout comme deux autres jeunes prêtres, Armand Chevreau et Paul Michaud. Le Père Coumailleau, supérieur, m’écrit au 5 août 1961 : « Vous savez qu’à cause de l’état de votre voix, Monseigneur vous attribue - pour cette année- le rôle de surveillant de l’étude des 4° au Petit Séminaire de Chavagnes (...) Vous aurez à faire à une centaine de bonshommes de 13 à 15 ans.(...) Vous serez proches d’eux et je vous assure que vous aurez un rôle très intéressant dans leur formation de jeunes hommes... » Cela durera 5 ans, en compagnie de deux autres confrères surveillants de 5° et de 6° et d’une vingtaine d’autres prêtres, professeurs.
Jacques, mon frère, de 15 ans plus jeune, m’y rejoint après une année de sixième au collège de Pouzauges. Il est dispensé de certains cours pour rattraper le latin que ses 80 camarades avaient commencé dès la sixième en entrant à Chavagnes. Apprécié de ses condisciples il est élu par eux, à bulletin secret, pour être leur délégué à la fête patronale du 8 décembre. Dans ma salle d’études, 90 élèves de 4° scolaire environ. En 1963 on y ajoute 20 élèves de 3°, faute de place aux Herbiers. Je préside au silence et j’organise les loisirs sur la cour et en promenade pour les grands : tous ces jeunes sont considérés comme pouvant devenir prêtres. Celui qui manifeste en cours d'année la volonté de ne pas poursuivre dans cette voie est orienté vers un collège. Ils sont 300 élèves à Chavagnes, de la 6' à la 4', tous ouverts à ce projet, sans compter l’annexe des 6° et 5° de la Flocellière.
J’édite un livret pour la prière du matin quand les 4° arrivent à l’étude, avant la messe quotidienne. Je corrige les copies de grec pour le compte du professeur de classe, Clément Guitton quand il devient supérieur de la maison. Il me revient aussi de prévoir chaque matin la lecture des titres du journal par un élève au micro pendant le petit déjeuner, en silence, des 300 élèves et des deux autres surveillants dont l’abbé Bernard Giraud.
Beaucoup de convivialité entre les 20 professeurs prêtres dans cette maison. Les plus jeunes d’entre eux font du catch dans les couloirs, du volley ou du foot avec les élèves les plus grands sur la cour et en promenade
Des matchs prof’ contre élèves rencontrent un franc succès. Pour l’anniversaire de l’un ou l’autre d’entre eux les maîtres se retrouvent autour d’un verre de muscadet chez Domnin Allemand, avant le repas avec les élèves. C’est au moment où nous fêtions la st Clément, un soir, que nous apprenons l’assassinat du Président Kennedy.
La réforme liturgique de Vatican II n’est pas encore en place. Tous ces prêtres célébrent individuellement leur messe le matin avant le petit déjeuner, assisté chacun d’un servant. La plupart d’entre nous avons entre 5 et 20 « dirigés » que nous recevons individuellement, tous les 15 jours ou pour certains chaque semaine
e.
Les vacances d’été sont mises à profit pour du service paroissial. Poissy sur une indication de Mgr Malbois la première année. Puis Cassis, près de Marseille durant deux saisons, suite à une annonce dans le journal La Croix.
La dernière fois où je porterai la soutane, c’est pour faire du stop afin de me rendre à Cassis. Un producteur de l’ORTF me prend à son bord dans le Massif Central. Il m’invite avec lui au restaurant mais le soir je n’aurai d’autre choix que de chercher un hôtel pour dormir.
A Cassis, le curé Dessous me demande d’assurer le « baptême » d’un bateau. Le parrain est l’acteur Fernandel. Une photo pérennise la sortie en mer. L’acteur de cinéma me souffle au bar de la Marine : « Mr l’abbé, si j’étais vous je dirais la messe avec du pastis. »
Chaque année je participe à un camp-mission Thivollier, l’été au Tréport et St Jean de Luz. Garçons et filles sortent en boite le soir pour rencontrer et témoigner. Dans la journée sur la pelouse verte on s’exerce à danser le rock et on discute beaucoup. Chaque jour partage d’évangile et messe sous la tente bleue en plein camping. L’hiver les camps-missions prennent une autre forme avec le ski, notamment à Haute-Luce en Savoie.
1966: Pour ne pas rester indéfiniment en internat, premier poste de vicaire en paroisse: St Pierre du Bourg sous la Roche. Formation dynamique et ouverte, avec l'abbé Gérard Pouzet, nouveau curé. Des jeunes en JOC forment leur nouvel aumônier. Claude et Jacques Mathé, Jean-Paul Musseau ainsi que ses frères et sœurs. Soutenus par une équipe fédérale, nous sommes 6 ou 7 jeunes aumôniers de JOC et JOCF pour la seule ville de la Roche sur Yon. Préparation d’un congrès national « Paris 67 » rassemblera 50.000 jeunes au Parc des Princes, parmi lesquels un car de plus de cent jeunes de Vendée. Chaque été et durant 5 ans, un voyage de 15 jours avec l’Office franco-allemand. Animation avec Robert et Colette Bernard. Chaque fois un plein car de 40 jeunes. Nous sommes reçus par les municipalités et les entreprises que nous visitons nous offre souvent un repas. Des contact avec de jeunes allemands sont organisés. La réconciliation entre les deux pays passe aussi par là. Chaque soit nous montons nos tentes dans un « campingplatz ». En 1970 c’est carrément adossé au mur de Berlin.
En 1969, besoin de prendre l’air du large, non pas comme « Fidéi Donum » en Afrique, comme Gabriel Préaud, Raymond Brochard, Paul Michaud et bien d’autres mais plutôt en région parisienne. Mgr Cazaux me demande d’attendre encore un an.
1970 . Contrat avec le diocèse de Corbeil Evry sur le modèle des « Fidéi Donum » . Mgr Malbois, le premier évêque de ce nouveau diocèse, qui connaît ma famille depuis mon enfance, se dit heureux de m'accueillir. Ce sera Draveil, au doyenné de Juvisy pour 3 ans renouvelables, dans une équipe de 5 prêtres sur une commune de 30.000 habitants. Je suis davantage attaché à un quartier populaire, dénommé « les Bergeries » mais où les tours HLM ont remplacé les pâturages. Beaucoup d’immigrés mais une association de locataires avec des chrétiens très actifs à la « CNL (Confération Nationale des locataires), ancrée à gauche. Tout à côté subsiste un bidonville, entre le quartier de Mainville et la forêt de Sénart. De vieilles caravanes et des appentis en tôle abritent des familles, dans la boue et le froid l’hiver. Ces familles seront relogées pour beaucoup, dans le grand ensemble de la « Grande Borne » alors en construction à Grigny.
1973:
Nommé seul à ND des Cités sur Viry-Chatillon, toujours au même doyenné pour 10.000 habitants. Voici la présentation qu’en fait le PERE DAGONET du « Jour du Seigneur » avant la messe télévisé du 8 décembre 1974 :
« Viry Chatillon, au bord de l'autoroute du Sud, une petite ville en deux morceaux et on trois étages, faite en effet de la réunion de deux anciens villages : Viry sur Orge et Chatillon sur Seine; déployée de bas en haut sur trois quartiers : Viry- Bas, Viry-Haut, Viry-Plateau.
A Viry~-Haut, où nous sommes ce matin, les habitants ne sont pas tout à fait comme les autres.Je veux dire par là qu'on y trouve le contraire du tout venant. Quelle cité, en effet, compte comme ici 47°% de militaires 30% d'agents de Préfecture de Police, 23% de personnels des PTT et de l'Education Nationale ? Telle est pourtant, la, population particuliè rement homogène- qui vit dans ces grands ensembles autour de l'église Notre Dame des Cités.
Cette église a d'ailleurs une histoire qui n'est pas non plus comme les autres Quand on la connaît, on a envie de la raconter comme commencent les contes d'enfants : « il y avait une fois » Oui, il y avait une fois soixante et onze chrétiens.unis, généreux, efficaces. Tous vivaient dans ces immeubles neufs où ils éprouvaient le manque à gagner spirituel de leur dispersion . Sans incitation, sans mandat, ils envisagèrent un jour de 1966, de construire un lieu de culte qui les rassemblerait pour l'Eucharistie. Ce n'était pas un simple voeu pieux Une association fut créée dans ce but , le projet de l’église fut accepté en 1967, la première pierre fut posée en Mai 1968, une date qui n'est pas non plus comme les autres et le 14 Décembre 1969 la communauté s'y rassemblait pour la première fois.
C'est une belle histoire pleine de sens car si les autorités de l'Église ont eu bien sûr à donner leur accord, l'initiative est venue d'en bas, du Peuple chrétien qui a de plus assuré lui-même la totale prise en charge financière .
Un peuple chrétien qui parce qu'il-était dispersé voulait se réunir, un peuple chrétien qui parce qu'il avait faim, éprouvait le besoin d'écouter ensemble la parole de Dieu et de se nourrir ensemble du Corps du Christ comme celui-ci nous y a invités hier comme il nous y invite aujourd'hui dans cette Messe du -deuxième dimanche de l'Avent qui commence maintenant et où nous n'oublions pas la Fête de l'Immaculée Conception. »
Célébrant. Claude Babarit, Marcel Deloddère, concélébrant avec le Père Bonnet, dominicain qui donnera l’homélie. Chorale : Edouard Bonnet des Claustres.
Dès le samedi matin, 40 techniciens ont investi l’église pour installer cables, caméras et rampes d’éclairage ainsi que la régie et les camions à l’extérieur. Pour la liturgie on nous avait dit : « Faites comme vous avez l’habitude ». Ce fut simple. On ne fit même pas de répétition. Il n’y avait pas de servants d’autel ce jour-là.
APRES la messe télévisée des lettres nous sont arrivées toutes fort sympathiques,
"Tous les dimanches, je suis la Messe à la télévision mais j'ai rarement été aussi émue que ce matin ! Votre Messe Notre-Dame des Cités était parfaite par le choix des lectures, homélie, prières et chants à la Vierge j'ai particulièrement aimé le cantique d'entrée,.. ». (A.PH. Saint-Agnan Saône et Loire)
"Nous avons écouté ce matin, la retransmission à la télé de votre Messe de 11 h.
Mon épouse et moi-même (74 et' 78 ans) ne pouvant plus nous déplacer et nous venons d'un commun accord vous féliciter de cette cérémonie de sa simplicité, dé son ambiance, de la vie Paroissiale qu'elle reflète avec sa chorale.. Nous avons l'habitude d'écouter tous les dimanches cette retransmission et nous n'avons jamais vu pareille cérémonie.
Nous vous demandons de féliciter tous vos paroissiens… » ( L.P. -Saint-Julien Aube)
« Merci pour ce bol d'air si pur apporté par la messe diffusée de votre paroisse le dimanche 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception avec le sermon de l’abbé Bonnet (je crois) sur la SainteVierge. La beauté de cet office a apporté, à beaucoup un grand espoir. » (G.D. SAINT-ANDRE Pyrénées-Orientales)
Nos liturgies demeurent vivantes et des équipes de laïcs prennent en charge permanences d’accueil et gestion financière. Pour le prêtre que je suis, trois messes le dimanche dont une le soir à 18 h et de nombreux baptêmes et mariages. Les sépultures sont très rares.
Je suis logé près de l’église en des salles de réunion transformées en appartement. J’accompagne l’AC.F.G au secteur de Juvisy qui comporte une trentaine d’équipes. Le mouvement développe alors les « rendez-vous de la Vie » Au conseil presbytéral je participe à la commission finances. Dans un diocèse au clergé jeune, nous sommes particulièrement affectés par le départ de confrères quittant le ministère soit pour vivre en couple, soit par choix idéologique d’une pleine immersion dans « la masse ».
Je suis à Viry depuis 3 ou 4 ans Sans pour autant rejoindre la « mission ouvrière » (à cette époque je rejoins davantage les milieux indépendants) je cherche à travailler professionnellement à mi-temps. J’en demande l'autorisation aux deux diocèses dont je relève, Luçon et Corbeil. L’accord est donné par écrit. Un bulletin professionnel cherche quelqu’un pour d’animateur au Bureau d’Aide Sociale de la Mairie du 13° à Paris. Ce sera les après-midi, le matin étant réservé à la paroisse, ainsi que les soirées en veillée. Du lundi au vendredi en principe, e rejoins en voiture ou par le train de banlieue et métro le 13° Fonction: coordination des clubs du 3' âge ( 4 ou 5 club) ouverts tous les jours sur l'arrondissement. Gestion des vacataires intervenant au club des « Quat’ Saisons » métro Glacière.
Ce qui me donnera l’occasion de proposer le texte suivant dans le cadre d’une animation.
le 19 mars 1982 H A T E R L E P R I N T E M P S
Un morne hiver, plus que de raison,
traine en longueur depuis l'arrière saison.
Outre dormir, gémir et s'alanguir.
Que faire d'autre encor que de vieillir?
Je le sais, mon miroir me trompe!
Avant que l'âge ne me rompe,
De la nature retrouvant l'équilibre,
Je me sens à nouveau vivante et libre.
Quand du club je pousse la porte
Moi qui étais à moitié morte,
En hiver dont je sors un peu,
Je vous dis bonjour et me prends au jeu.
Eh oui, c'est vrai, vous êtes ici.
Alors adieu chagrin, mon beau souci.
Je sens un rayon de chaleur,
Une énergie qui remonte du coeur.
Dans tes yeux je cherche le soleil.
Dans ton regard qui à nouveau m’éveille,
Toi l’éternel joueur de belotte,
ou Toi la championne de la parlotte.
Toi la tricoteuse infatigable.
Toi la bavarde, goguenarde, paillarde,
C'est vrai, tu annonces le printemps.
Il est tout près, sais tu? Je le sens.
Dans nos corps fatigués il est là.
En toi aussi quand tu fais un pas.
En l'autre quand taisant les rancoeurs
Tu donnes encor un peu de bonheur.
ALORS COMME EN D'ETERNELLES CHANSONS,
PAR TOI REVIVENT AUSSI LES QUAT'SAISONS.
J’entre aussi en formation pour une diplôme d’Etat. Cette formation s’étale sur deux ans avec 3 stages théoriques de 3 semaines chacun : droit, gestion, pédagogie et techniques d’animations , Il faut choisir deux spécialisations en des stages pratiques. Ce sera : "la voix, chantée et parlée" et « l’organisation de voile-croisière ». Cette dernière formation me vaudra trois séjours d’une semaine chacun à l’école de voile de Noirmoutier.
De plus, pendant 3 ans 1/2, chaque semaine, je me rends pour une demi nuit à Evry, comme écoutant à « SOS Amitiés ». Expérience forte et travail d'équipe très formateur, grâce à une relecture de ce qui résonne en nous des paroles entendues, par exemple sur la mort, la sexualité, etc. Ce groupe est piloté par un psy. S.O.S. Amitiés, est cet espace où se déversent les confidences les plus stupéfiantes, encouragées par l'anonymat et ou arrivent les pires affabulations. L’écoute se veut non directive tout en étant positive et aidante.
Je suis investi par ailleurs à l’aumônerie en ACGF. 40 équipes au doyenné de Juvisy. Je participe aussi au service diocésain « Incroyance-Foi » Le diocèse a fait l’acquisition d’un grand local parmi les commerce de l’Agora d’Evry. C’est « l’Aire Libre » qui se veut une forme nouvelle de présence d’Eglise, sous la conduite d’Yves Gernigon, prêtre fondateur. Un autre prêtre de Paris, Jacques Breton y enseigne la méditation dans l’esprit du zen. Il écrira plus tard : «Le Japon du silence et de la contemplation du Christ». De retour en Vendée, l’enseignement reçu me permettra de mettre en place des temps de méditation « zen » dans le cadre de la Pastorale de saison à la « Solitude » de Bourgenay, un jour par semaine en juillet-août, vers 1984-85 .
.A la faveur des vacances scolaires, retours fréquents à la Flocellière et travaux de restauration à la Turpinière pour la partie de la vieille maison où les parents retraités s’installaient après avoir pris leur retraite.
Chaque été, courses en montagne dans les Alpes, mais auparavant, et surtout le lundi entrainement avec le « Club Alpin » sur les rochers de Fontenaibleau, numérotés par ordre de difficulté. Avec la famille Chapelain ce sera d’abord le Parc de la Vanoise, puis l’année suivante avec la famille Liger le massif de l'Oisans, le sommet des Agneaux, col des Ecrins. Puis ce sera Chamonix, avec l’aiguille d’Argentière, la Tour Ronde et la traversée d'Elbronner
Chaque hiver, je rejoins l’équipe des skieurs à Valloire, au chalet de l’association « Chemins » avec les amis de Draveil. Au bout de 7 ans à Viry, un changement m’est proposé. Ce pourrait être Etampes, on me l’a proposé. Mais ce sera Massy dans l’équipe dirigée par Alain Bobière.
1980 . Un deuxième mandat au conseil presbytéral me permet d’être au contact de la plupart des prêtres du diocèse de Corbeil, pour lequel nous votons le transfert de l’évêché de St Germain les Corbeil à Evry.
Résident dans ce grand ensemble construit sur les deux communes de Massy et Antony, je vis seul dans un appartement occupé, quelques années plutôt, par 4 prêtres, dont Henri Durand et Jacques Pé. Dans le même escalier, Pierre Juquin, alors candidat du P.C. à la présidence de la République. Pierre Juquin est le conseiller politique de Raymond Brosseau, né à la Flocellière et alors maire de Savigny sur Orge et sénateur.
Je rejoins chaque jour une équipe de 4 ou 5 collègues pour le repas du midi au Vieux Massy et le partage des activités paroissiales.
Tout en conservant une demi-nuit par semaine à SOS- Amitiés, poste d’Evry, le travail professionnel à mi-temps à Paris 13°, il m’est demandé d’assurer quelques animations à l’OREE, une association pour personnes isolées, célibataires, veuves ou séparées, mais n’ayant pas encore l’âge de la retraite. Nous tournons quelques petits films d’animation en « super 8 » sur le canal Saint- Martin, à la Défense, mais aussi en banlieue et en forêt.
On me confie également l’animation de séjours de vacances, l’un près de Grasse (06), l’autre en co-animation à Rosporden, près de Concarneau, ce qui me donnera l’occasion d’une journée en mer sur un voilier. Mais il y a toujours la montagne.
LE MONT BLANC 1981
Une ascension du Mont Blanc, cela se prépare. C’était en 1981. Nous campions à quelques-un de l’association l’Orée et d’autres, près d’Argentière. L’un d’entre nous, Bernard Neveu, un religieux montfortain voulait absolument faire ce sommet avant d’avoir passé le cap des 50 ans. Il avait essayé plusieurs fois, mais les fenêtres météo n’avaient pas été favorables et ce matin-là il ne pouvait pas être du voyage. Nous sommes donc partis à 4, sans lui, au petit matin du 6 août. D’abord les alpages des Houches pour rejoindre le chemin de fer à crémaillère qui nous laissa à proximité du « Nid d'Aigle ». Sac au dos, et piolet en main nous rejoignons, à travers le désert de Pierres Rondes, le refuge de Tête Rousse à 3 167 m d'altitude.
Le lendemain, deux difficultés importantes nous attendaient: le passage du grand couloir et la montée à l'arête du Gouter. C'est au passage du grand couloir que se détachent en permanence des pierres, souvent très petites mais lancées à grande vitesse. Quand on les entend c’est qu’elles sont déjà passées. Il est prudent de se munir d’un casque. Nous y rencontrons les premières neiges. L'arête du Gouter, en revanche mieux exposée, n'est pas enneigée à cette période de l'année. Heureusement car son franchissement est sportif et relève souvent de l’escalade.
Arrivé sur le soir au refuge du « Goûter » (3 816 m) nous essayons de nous installer. Le dortoir est complet. Nous dormirons dans la grande salle. Il n’y a même pas de place pour s’allonger. Assis sous une table, j’aurai les pieds dans les jambes d’un japonais. On entend rêver dans toutes les langues. Peu après minuit, c’est le branle-bas. Chacun revisite son sac. Pour préparer un café sur le camping-gaz, il faut faire fondre de la neige et c’est très long.
Nous avions décidé de partir sans guide, munis de la seule carte et dans l’idée de suivre les traces de chaussures dans les neiges, après le départ des cordées conduites par un guide. Mais il faisait nuit noire et la neige qui venait de tomber effaçait toute trace. C'est vers 1 heure du matin, que nous partons par cordées de deux, depuis le refuge du Gouter D’autres marchent devant nous, nous les suivons dans un brouillard compact et toujours dans l’obscurité.
Au bout de quelques heures la colonne s’arrête. Devant il y a un précipice. A cause du brouillard, on ne sait plus bien vers où se diriger. La question se transmet d’un bout à l’autre de la file : « Quelqu’un aurait-il un altimètre ? » Cela permettrait de préciser notre position sur la carte. Il ne s’en trouve pas. Par contre on dispose d’un thermomètre. On piétine et le froid remonte par les chaussures. En plein mois d’août, la température est de moins 18°
Avec le petit jour, le brouillard se déchire et sur notre gauche, apparaît sur une arête, le refuge Vallot. (4367). Dans la montée les cordées se séparent, certains accélèrent, d’autres ralentissent. Le refuge Vallot n’a de refuge que le nom. Portes et fenêtres n’existent plus et un vent glacial le traverse. L’autre cordée partie avec nous de Chamonix a disparu en avant. Mon équipière déclare ne pas pouvoir continuer et m’attendre ici, dans ce refuge ouvert au vent d’altitude. Je poursuis seul sur l'arête des Bosses. Le passage se rétrécit. Il y a sur la neige un gant, perdu par quelqu’alpiniste. Il serait dangereux de se pencher pour le ramasser, tant la pente est abrupte et le risque de déséquilibre important avec le sac sur le dos et les crampons métalliques sous les chaussures.
La dernière montée se fait très étroite. On ne pourrait pas croiser une personne qui descend mais tout à fait au sommet la calotte glacière s’élargit. De tous les côtés c’est le précipice. Deux jeunes gens, arrivés de plus grand matin, avaient planté un drapeau. Il est 9 heures. Un brouillard glacial vous tombe dessus. Il fait – 15°. Autant ne pas s’attarder, surtout en solitaire.
La descente apparaît plus facile mais demande une grande vigilance. Des ponts de neige peuvent recouvrir des crevasses. Il convient pourtant d’accélérer le pas pour retrouver, au refuge Vallot, une équipière quelque peu frigorifiée.
Le parcours se poursuit à deux et en cordée jusqu’au refuge du Gouûter. La neige se ramollit quelque peu. Le risque se fait plus sournois. Si un pont de neige s’effondre sous le poids d’un équipier, l’autre, à distance, essaiera de le retenir. Au refuge du Goter, toujours a demi enseveli sous la neige, on retrouve un peu de chaleur, et c’est le moment de sortir les sachets de purée mousseline, anormalement gonflés par la baisse de pression atmosphérique.
Puis on enchaîne la descente sans s’arrêter au refuge de « Tête Rousse ». La progression est rapide, dans l’euphorie d’avoir bien terminé cette course. On arrive assez tôt aux Houches pour rejoindre les amis qui nous attendaient en bas et partager une raclette dans une auberge de la vallée. Que la nuit sera bonne sous la tente ce soir et dans un duvet !
En mars 1982, à Valloire à nouveau, nous skions allégrement hors piste avec un moniteur.
Des fixations trop serrées et qui ne se déclenchent pas, des spatules qui se coincent sous la croute de neige gelée et je me retrouve immobilisé avec une jambe cassée. Je devrai porter des cannes anglaises durant 4 mois. Après quelques semaines de repos en famille reprise des activités paroissiales « sur les chapeaux de roue »: en juin il m'est demandé de célébrer 4 mariages à la suite, dans le même après-midi, en l'église de Massy. Et cela sans quitter le siège du célébrant, ne pouvant me déplacer sans les 2 cannes.
Eté 1982 Pierre Hervouet, vicaire épiscopal de Luçon, insiste pour mon retour en Vendée:" Un contrat temporaire" par définition doit s'arrêter. Or il a déjà été renouvelé 3 fois. Il se dit d'accord pour qu'à mon retour je puisse travailler à temps partiel dans le socioculturel. Ce qui va s’avérer difficile et finalement impossible à mettre en place.
Nommé à St Hilaire de Loulay, tout en étant curé je poursuis la formation DEFA , avec comme technique d'animation, la voile. A terme " Jeunesse & Sports" m’accorde le diplôme "d'aptitude à l'organisation et à l'animation de croisières".
Ceci me permet d'emmener en mer, à partir de 1988, de nombreux jeunes de milieu populaire à la Roche sur Yon, notamment avec les maisons de quartier de cette ville « Vivre à St André » et « Quartier de la Liberté », des foyers d’hébergement pour jeunes mineurs et encore scolaires, comme « Les Lauriers (garçons) et l’Aisi ( foyers pour filles). Des adultes aussi du centre d’hébergement « L’Etoile, mais ce sera plus tard.
1985: Nommé en 1984 aumônier diocésain pour la J.l.C.F (Jeunesse Indépendante Chrétienne Féminine) il est souhaité que je sois dans un lieu plus central et j'arrive dans l’équipe St Louis à la Roche sur Yon. Accompagnateur de jeunes pendant dix années, c’est un bienfait dont l’aumônier est le premier bénéficiaire. Ces jeunes vous donnent plus que vous leur apportez, pour peu que vous ayiez sur eux un regard positif.
Parmi les six ou sept cents jeunes qui s’inscrivaient à cette époque, au pélé de printemps à Lourdes, nous relançions ceux et celles qui nous paraissaient de classes moyennes ou milieux indépendants dans les divers doyennés. Patrick Péridy accompagnait la JIC et principalement les jeunes déjà au travail. Il m’était confié l’aumônerie de JICF. Marie-Joseph Seillier avait soutenu des équipes. J’ai pu redémarrer à partir de jeunes que j’avais rencontré déjà sur le secteur de Montaigu – St Hilaire de Loulay et de quelques jeunes Yonnaises motivées. Contrairement à ce que l’on pourrait penser la JICF n’est pas d’abord la branche féminine de la JIC et il y avait d’ailleurs des filles aussi en JIC. L’équipe nationale donnait l’impulsion et l’une ou l’autre des quatre permanentes venait facilement en province pour un lancement d’année ou un temps fort au moment du Carême. Les équipes de JICF étaient ce lieu où des filles, jeunes pouvaient se dire autrement et plus profondément qu’en présence de garçons. Ce qui n’empêchait pas des moments de fixité ou des fêtes Inter-Mouvements comme le fut SPI 85 à la Roche sur Yon. Pour la circonstance nous avions orné le plafond de la salle du collège Saint Louis avec 5 ou 6 spis, ces voiles de couleurs qui s’envoient à l’avant du voilier quand le vent souffle à l’arrière.
1987: Il faut un curé à St André d'Ornay. Paul Groisard qui s'y trouve vicaire est consulté. Il vient me voir pour vérifier nos compatibilités. Déjà deux ans auparavant on m'avait dit:" il va falloir un curé à St André. On t'en parle". Je ne suis donc pas surpris de la demande.
N'ayant pas trouvé le temps d'un travail professionnel à temps partiel et ne voyant pas bien comment cela pouvait se faire tout en étant curé de paroisse, je m'investis à la maison de quartier qui coordonne des activités "voile en mer" pour des jeunes. Je suis aussi au C.A. de l’association des Lauriers. De plus de nombreux week-ends sont consacrées à la JICF et quelquefois à l’ACI ou j’accompagne 3 équipes sur la Roche sur Yon. Ma fonction de curé de paroisse s’enrichit de la formation permanente qui nous arrive à nous aussi aumôniers par les Mouvements d’Action Catholique.
Juin 1990 : le vicaire épiscopal me demande si j'accepterais de devenir curé en même temps des deux paroisses Ste Thérèse et Saint André. Cela nécessiterait que j’habite à Ste Thérèse. Je ne donne pas suite. Damien Papon accepte de venir à Ste Thérèse. L’appel m’avait été faite peu avant les vacances. Je devais partir comme équipier pour conduire un voilier d’une association de Cannes à Dubrovnick en Croatie, une semaine de mer en équipage pour des navigations en continu jour et nuit, hormis une ou deux escales techniques.
A la paroisse St André la communauté n’avait oublié sa tradition théâtrale avec des programmes de qualité. En liturgie Annette Vergereau mettait en valeur la Parole de Dieu lors des grandes fêtes avec une gestuelle appropriée et présentée des entants costumés et ayant répété dans le moindre détail. Odette Guilé sut éveiller à l’orgue de jeunes talents. Louis-Marie Soulard, jeune retraité appliqua sa compétence en informatique à la gestion économique de la paroisse. Il put aussi numériser les bulletins paroissiaux conservés en archives. C’était le moment pour l’association gérante de la colonie « Les Courlis » à Notre Dame de Monts de faire évoluer les statuts, en veillant à ce que la propriété des lieux soit désormais dans la mouvance de l’association diocèsaine.
1994
Au bout de 7 années plutôt heureuses avec un excellent coéquipier, Paul Groisard, on m'appelle pour un autre poste. Après 13 ans à la Roche sur Yon, sur trois paroisses en trois séjours, ce sera les Sables d’Olonne.
Puisque je faisais partie du C.A. de la maison de quartier à St André d’Ornay, l’association anticipe sur la paroisse pour des adieux où m'est remise la médaille de la Ville de la Roche, en raison plus précisément de mes activités auprès des jeunes de milieu populaire. Voici en quelles circonstances :
REPUBLIQUE FRANCAISE SOIREE D’ADIEU à l’abbé Claude BABARIT
VILLE DE LA ROCHE SUR YON 2 SEPTEMBRE 1994
L’ADJOINT SPECIAL
DE SAINT ANDRE D’ORNAY
Chers amis,
VIVRE A SAINT ANDRE a eu l'excellente idée d'organiser cette soirée d'au revoir à l'Abbé Claude BABARIT curé de la paroisse.
7 ans déjà que les paroissiens entourent leur pasteur et que les ornaysiens, toutes opinions confondues apprécient le militant associatif, membre élu du CA de VASA. Ce dédoublement qui n'en est pas un, fait partie des multiples facettes du personnage Claude BABARIT : prêtre, militant, éducateur, sportif.
Prenant le relais de l'Abbé GILBERT à la paroisse comme à l'association de quartier, Claude BABARIT a su mener de pair son ministère et sa passion pour la voile. Cette action en direction des jeunes notamment a été combien enrichissante et je puis témoigner que plusieurs ont vu leur horizon s'élargir, au double, voire au triple sens du terme.
Avec la mairie annexe, la paroisse a travaillé en bonne intelligence. C'est sous le ministère de Claude BABARIT et dans un climat de grande franchise que nous avons rénové l'église, ouvert le haut du narthex, réalisé les éclairements pour les fêtes de Noël, entretenu le patrimoine religieux disséminé sur le territoire ornaysien, et qui atteste du passé de notre collectivité presque millénaire.
Sans doute reste t il à faire et le Conseil Paroissial m'a adressé à la veille des vacances la liste des ses désidérata que nous ne manquerons pas d'étudier avec l'Abbé BOUDAUD, dès son installation.
Claude, Tu pars dans une paroisse prestigieuse Saint Pierre des Sables. Ton prédécesseur avait lui rejoint Saint Michel des Sables, berceau de la JOC Vendéenne en décembre 1936.
Cela me semble tout à fait naturel puisque Saint André constitue la porte yonnaise de la CÔte de Lumière. En ce qui te concerne, tu y auras certainement vu un appel ou plutôt un clin d'oeil vers le large.
Quant à nous ce soir ton départ nous fait osciller entre la nostalgie et l'espoir. Nostalgie de voir un ami s'éloigner. Espoir de partager ta joie de mieux encore t'accomplir, aussi bien dans ton ministère que dans ta passion rayonnante.
C'est un grand merci que nous te disons et pour le concrétiser nous t'offrons la médaille de la Ville qui te permettra de ne pas oublier tes nombreux amis yonnais. Alors bon vent, et quand tu repartiras vers ton bocage natal : ami, il n'est pas interdit de faire une pause.
Par ailleurs la générosité des paroissiens ne fut pas en reste. Selon une tradition et, bien qu’ayant fait savoir que je voulais qu’on s’abstienne, l’équipe d'animation paroissiale organise une collecte d'adieu récoltant une somme de 17.000 Fr. et deux télévisions ainsi qu'un magnétoscope. L'oeuvre de Mère Térésa bénéficiera aussi de ces générosités paroissiales.
C’est aussi le moment de quitter l’équipe diocésaine du diaconat permanent et l’aumônerie de la JICF.
Le diocèse m'avait demandé si j'acceptais d'aller aux Sables d'Olonne, pour un temps à la paroisse et un temps à l'aumônerie de l'enseignement public. Au bout de deux ans, suite à un renouvellement de l’équipe locale d’aumônerie de l’enseignement public, le conseil épiscopal me fournit l’opportunité d’un an d'études à la Catho de Paris "L’année de Formation aux Ministères."
Il fallait aussi une nouvelle animatrice en Pastorale à l'aumônerie de l'Enseignement Public aux Sables. Je fournis le nom de Claudine Demont. Celle ci arrivait d’Evry avec Jacques son mari. Claudine munie d'une formation à l'accompagnement de jeunes en difficulté se trouvait disponible, n’ayant pas atteint l’âge de la retraite. Ce sera pour elle l'occasion d'une intégration à l'équipe pastorale du doyenné.
Claudine et Jacques, des amis de longue date prennent pied aux Sables d'Olonne à l’approche de la retraite. Une de leurs amies qui fait le même choix à l’heure de la retraite et où elle disposera d’un voilier pour lequel il faut un skipper. C’est un habitable de 9 mètres, équipé pour 6 personnes en mer, mais pouvant en supporter beaucoup plus à quai, pour des temps forts de "Mer & Bible" . Le voilier du Foyer « Les Lauriers » est hors d’usage, après avoir été trouvé vide au large de Saint Gilles. Celui du Père Denis Broussat est en vente. « Kappa » va prendre la relève. Des sorties-mer continuent avec l’association « Grand Largue » pour jeunes en difficulté sociale. Des ‘routes maritimes’ à Bible ouverte vont être organisées, notamment un aller-retour « les Sables d’Olonne-Brest, mais plus souvent vers les îles proches, Ré, Oléron, Yeu… Le groupe « Mer et Bible » se rattache à la fédération « Cap Vrai » soucieuse de rejoindre les plaisanciers dans une démarche qui s’origine au Père Dominique Mesnard, auteur du livre « Mes racines sont dans la mer. »
1996
Un temps de formation permanente. Ce sera, dès